13 Feb La traite interne : exploitation simulant une assistance
Souvent, nous nous indignons contre la traite externe des enfants sans vraiment prêter attention à ce qui se passe autour de nous. La traite méconnue, est celui des enfants quittant les milieux ruraux pour aller travailler dans les grandes villes comme Gitega et Bujumbura. Ces enfants, souvent en quête d’un avenir meilleur, finissent par devenir des domestiques invisibles. Privés d’éducation et d’une enfance normale, leurs conditions de vie restent précaires. Cependant, cette exploitation, même déguisée en aide, constitue une forme de traite des enfants car ces derniers vivent souvent dans des conditions indignes et sont parfois victimes de différentes violences.
L est une fille de 14 ans, orphelin de père a été ramenée à Bujumbura par sa cousine M.D. disant qu’elle vient lui faire soigner car elle souffre d’une myopie qu’elle ne pouvait pas continuer ses études. Comme elle est venue au mois de Juin 2024, elle a raté l’année et elle est restée chez sa cousine en attendant le début de l’année scolaire suivante. La cousine avait deux enfants âgés de 3ans et d’une année que la victime devrait s’occuper pendant que leur mère travaillait. De juin à fin Août, la victime s’occupait des travaux ménagers ainsi que ces deux enfants. Quand l’enfant a demandé de rentrer chez elle pour la rentrée scolaire, elle a fait croire à sa mère qu’elle veut aider, que l’enfant va étudier à Bujumbura mais en réalité elle la gardé comme domestique mais elle ne l’a jamais payé. La victime témoigne également qu’elle la maltraitait.
Cette forme d’exploitation déguisé en aide affecte beaucoup plus les enfants que les adultes. La FENADEB a monitoré au cours de 2024, 66 victimes de traite interne dont 64 enfants et 2 adultes. En réalité ces données ne sont qu’un échantillon car la plupart des victimes ne dénoncent pas les auteurs et sont contraintes de rester dans cette exploitation à cause des conditions de vie précaires dans lesquelles se trouvent leurs familles. Les recruteurs profitent de cette vulnérabilité et de la naïveté des victimes pour les intéresser et les font travailler à leur profit dans des conditions souvent abusives. Les moyens qu’utilisent les recruteurs lors des premiers contacts avec les victimes leur font espérer à une vie meilleure mais beaucoup tombent dans l’exploitation à travers diverses activités comme les travaux ménagers, les champs, la garde des troupeaux, la prostitution, le commerce ambulant, etc. Les victimes sont parfois impayées, ne reçoivent pas le salaire convenu ou sont indirectement payées à travers leurs parents.
Les auteurs de la traite interne dissimulent leurs intentions derrière une apparente volonté d’aider les enfants en difficulté, en leur offrant la nourriture et un logement.
Ainsi, la FENADEB recommande aux autorités administratives à tous les niveaux de renforcer l’application des lois existantes afin de sensibiliser la population, qui reste souvent indifférente à l’exploitation des enfants, particulièrement dans les ménages.
Faustine KANYAMUNEZA